Pendant longtemps, on nous a fait croire qu’il existait une seule forme d’intelligence. Une intelligence mesurable. Chiffrable. Comparable.
Bref : le QI.
Et soyons honnêtes deux minutes : combien de personnes se sont senties “pas très intelligentes” simplement parce qu’elles n’étaient pas à l’aise à l’école, en maths, ou dans les matières dites “académiques” ?
Pourtant, dans la vie réelle, nous connaissons tous :
des personnes brillantes socialement mais en difficulté à l’école
des artistes incapables d’expliquer une équation mais capables de créer des émotions puissantes
des gens “pas scolaires” mais incroyablement débrouillards, intuitifs ou créatifs
Alors une question s’impose : Et si l’intelligence était bien plus vaste que ce qu’on nous a appris ?
Quand la psychologie remet en question le QI
Dans les années 1980, le psychologue Howard Gardner va proposer une idée assez révolutionnaire pour l’époque : l’intelligence n’est pas une capacité unique, mais un ensemble de formes d’intelligence distinctes.
Son constat est simple (et franchement plein de bon sens) :
mesurer l’intelligence uniquement par des tests logico-mathématiques ou linguistiques revient à juger un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre.
Autrement dit : le QI mesure certaines capacités… mais certainement pas toutes.
La théorie des intelligences multiples, concrètement, c’est quoi ?
La théorie des intelligences multiples part d’un principe fondamental : il existe plusieurs types d’intelligence, relativement indépendants les uns des autres.
Chaque personne possède toutes ces intelligences, mais :
à des niveaux différents
avec des combinaisons uniques
qui évoluent au fil du temps et des expériences
On ne parle donc pas de cases rigides, ni d’étiquettes définitives.
Plutôt d’un profil, d’une sorte de carte de nos forces cognitives.
Et surtout : ne pas être fort dans une forme d’intelligence ne signifie absolument pas être “moins intelligent”.
Les grands principes à retenir (avant d’aller plus loin)
Avant de détailler les différents types d’intelligence, quelques idées clés sont essentielles pour éviter les contresens.
1. Nous avons tous plusieurs intelligences
Il ne s’agit pas de dire “je suis ceci et pas cela”, mais plutôt :
“voici ce qui est plus ou moins développé chez moi”.
2. Les intelligences ne sont pas figées
Elles peuvent se renforcer, s’affiner, se développer.
L’environnement, l’éducation, les expériences de vie jouent un rôle énorme.
3. Les intelligences interagissent entre elles
Dans la réalité, elles fonctionnent rarement seules.
Un bon enseignant, par exemple, mobilise à la fois :
l’intelligence linguistique
l’intelligence interpersonnelle
l’intelligence intrapersonnelle
4. Ce n’est pas un test magique
La théorie des intelligences multiples n’est pas un outil de diagnostic.
Les tests “rapides” trouvés sur internet sont souvent simplistes, voire trompeurs.
Les différents types d’intelligence selon Gardner
Voici les principales formes d’intelligence décrites dans cette théorie.
Je les détaille volontairement brièvement ici : chacune fera l’objet d’un article dédié.
L’intelligence linguistique/verbale
Sensibilité au langage, aux mots, à la lecture, à l’écriture et à l’expression orale.
L’intelligence logico-mathématique
Capacité à raisonner, analyser, résoudre des problèmes logiques ou abstraits.
Faculté à se représenter mentalement l’espace, les formes, les volumes, les images.
Sensibilité aux sons, aux rythmes, aux mélodies et aux structures musicales.
L’intelligence corporelle-kinesthésique
Utilisation fine et efficace du corps : gestes, coordination, mouvement.
L’intelligence interpersonnelle
Compréhension des autres, empathie, communication, lecture des dynamiques sociales.
L’intelligence intrapersonnelle
Connaissance de soi, compréhension de ses émotions, de ses motivations, de ses limites.
Sensibilité au vivant, à la nature, aux écosystèmes, à l’observation du monde naturel.
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Pourquoi cette théorie parle autant de nous (encore aujourd’hui)
Si la théorie des intelligences multiples continue de susciter autant d’intérêt, ce n’est pas par hasard.
Elle permet notamment de :
réconcilier beaucoup de personnes avec leur intelligence
redonner de la valeur à des compétences souvent invisibles ou sous-estimées
mieux comprendre ses forces dans le cadre scolaire, professionnel ou personnel
ouvrir des pistes en orientation, en reconversion ou en développement personnel
Elle offre aussi un regard plus humain et plus nuancé sur les capacités de chacun.
Mais attention aux dérives (et il y en a)
Par souci d’honnêteté intellectuelle, il faut aussi le dire :
la théorie des intelligences multiples fait l’objet de critiques scientifiques.
Parmi les principales :
difficulté à mesurer objectivement chaque intelligence
confusion fréquente entre intelligence, talent et compétence
usage parfois abusif dans des discours très “développement personnel”
C’est pourquoi il est important de l’utiliser comme un cadre de réflexion, pas comme une vérité absolue.
- Lorsqu’elle est bien comprise, cette théorie éclaire.
- Lorsqu’elle est mal utilisée, elle simplifie à l’excès.
En conclusion : mieux se comprendre plutôt que se juger
La théorie des intelligences multiples ne dit pas : “vous êtes intelligent ou vous ne l’êtes pas”. Elle dit plutôt : “vous êtes intelligent autrement”. Et dans un monde qui valorise encore trop souvent un seul type de réussite, c’est une perspective précieuse. Parce que comprendre son fonctionnement, ce n’est pas se mettre dans une case. C’est apprendre à jouer avec ses propres cartes.