Se rendre au contenu

La nouveauté : quand le changement nous stresse (même s’il est positif)

4 janvier 2026 par
L'Accompagnant, Missotten Grégory
| Aucun commentaire pour l'instant

Un nouveau job. Une nouvelle maison. Un nouveau projet, même excitant. Et pourtant… le cœur qui bat plus vite, la boule au ventre, la tension dans la nuque.

Mais pourquoi tant de stress, alors que ça part d’un bon sentiment ?

La réponse est simple : c’est nouveau.

Dans son modèle C.I.N.É, la neuroscientifique Sonia Lupien identifie la nouveauté comme l’un des quatre grands déclencheurs universels du stress. Et c’est sans doute l’un des plus sournois, car il peut se cacher derrière des événements joyeux.


Pourquoi la nouveauté est perçue comme une menace par le cerveau ?

La nouveauté est probablement la source de stress la plus commune au sein du vivant, humains comme animaux. D'un point de vue évolutif, la nouveauté signifie l'inconnu. Un nouvel environnement, de nouveaux prédateurs, des risques non-identifiés, etc.

Comme nous l'avons déjà vu dans l'article sur l'imprévisibilité, nous avons besoin de connaitre et comprendre notre environnement et notre situation pour évaluer les risques, et savoir si nous sommes ou non en sécurité. La nouveauté réclame énormément de ressources, puisque notre cerveau ressent alors le besoin de tout analyser très rapidement, de faire des suppositions, des hypothèses, et bien souvent assez négatives car mieux vaut être trop prudent que pas assez.

Prenons l'exemple d'un animal sauvage, ou au moins qui ne vous connait pas. Lorsqu'il vous croise, vous pouvez voir qu'il est nerveux, qu'il vous observe, ne vous lâche pas du regard. Il ne vous connait pas, vous êtes une nouveauté. Il ne sait pas encore si vous êtes dangereux pour lui ou non. Si vous faites un pas vers lui (tout en étant à une dizaine de mètres de distance de lui), plusieurs réactions sont possibles.

  • Il va d'autant plus vous fixer, mettre son corps sous tension afin de fuir rapidement au besoin
  • Il va "surréagir" et partir rapidement
  • Il va également faire un pas vers vous pour mieux analyser ce que vous êtes et quelles sont vos intentions

Si vous croisez cet animal à plusieurs reprises, l'aspect nouveauté va progressivement s'effacer. Il sera de moins en moins dans la surréaction, puisque cela s'est bien passé les autres fois. 

À contrario, si vous croisez pour la première fois un animal domestique, par exemple le chat du voisin. Il se peut qu'il se dirige spontanément vers vous, tout en restant un minimum sur ses gardes. Cela s'explique entre autres parce que vous n'êtes pas le premier humain qu'il rencontre et avec qui il a un vrai contact : tous les voisins le connaissent.

Bien sûr vous êtes une nouvelle personne pour lui, mais l'aspect nouveauté est plus réduit, ce qui lui permet d'être moins stressé, et donc de faciliter la rencontre.

Nous pouvons donc résumer une situation nouvelle par :

  • Un manque de repères
  • Une incertitude sur ce qui va se passer
  • Une mobilisation cognitive plus importante

En clair, votre cerveau doit travailler davantage pour analyser, comprendre, décider… ce qui génère une activation du stress.


Des exemples concrets de stress face à la nouveauté

Un nouveau poste ou un nouveau rôle

Commencer un nouvel emploi est souvent vécu comme excitant… mais aussi épuisant. Les premiers jours, tout demande un effort : comprendre les attentes, observer les collègues, éviter les faux pas, apprendre de nouvelles routines. Même sans pression explicite, le cerveau reste en vigilance permanente, ce qui explique la fatigue et la tension ressenties en fin de journée.

Arriver dans un nouvel environnement

Un déménagement, une nouvelle école, un nouveau quartier. Même lorsque le choix est volontaire, les premiers jours peuvent être inconfortables. On ne connaît pas encore les lieux, les règles implicites, les habitudes. Le cerveau, privé de repères familiers, reste en alerte jusqu’à ce que la situation devienne plus prévisible.

Prendre la parole pour la première fois

Parler devant un groupe inconnu, faire une première présentation ou intervenir dans une réunion pour la première fois est souvent très stressant. Non pas parce que l’on est en danger, mais parce que la situation est nouvelle. Le cerveau ne sait pas encore comment les autres vont réagir, ce qui l’amène à surévaluer les risques.

Nouer une nouvelle relation

Faire connaissance avec de nouvelles personnes, intégrer un nouveau groupe ou débuter une relation implique de nombreuses inconnues : comment se comporter, quoi dire, quelles sont les attentes de l’autre. Cette absence de repères sociaux clairs peut suffire à générer du stress, même dans un contexte pourtant positif.


Ce que dit la recherche scientifique

  • Sur le plan biologique, de nombreuses études ont mis en évidence que l’exposition à un environnement nouveau active l’amygdale, une structure cérébrale impliquée dans la détection des menaces, ainsi que l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), responsable de la libération du cortisol, l’hormone du stress. Autrement dit, face à la nouveauté, le cerveau adopte spontanément une posture de vigilance (Hennessy et al., 1997 ; Lupien et al., 2009).
  • Des recherches expérimentales ont également montré que, chez l’animal comme chez l’humain, un stresseur nouveau provoque une réponse de stress plus forte qu’un stresseur déjà connu, même lorsque l’intensité objective de la situation est identique. Le cerveau réagit moins à ce qu’il connaît, car il a déjà appris à le prédire (Koolhaas et al., 2011).
Par amour du stress

de Sonia Lupien

Sonia Lupien continue de démontrer que, contrairement à ce que bien des gens pensent, le stress n'est pas une maladie. Au contraire, il est essentiel à la survie. Toutefois, il faut savoir le contrôler si on veut l'empêcher de faire du tort.

Découvrir


Comment mieux gérer le stress lié à la nouveauté ?

Diminuer "l'effet de nouveauté"

La nouveauté est stressante tant que tout est flou. Créer des repères, même simples, aide le cerveau à se sentir en terrain connu.

Par exemple :

  • identifier les personnes de référence dans un nouvel environnement,
  • clarifier les attentes (ce qu’on attend de moi, ce qui est prioritaire),
  • mettre en place une routine minimale (horaires, organisation, habitudes).
  • visualiser la situation, les lieux, les personnes.

Quelques repères suffisent à faire chuter la vigilance excessive.

Accepter une phase d’inconfort temporaire

Le stress lié à la nouveauté est transitoire. Il diminue naturellement avec l’exposition répétée. Chercher à l’éviter à tout prix (fuir, procrastiner, abandonner trop vite) empêche le cerveau d’apprendre que la situation est sûre.

Rester exposé, même avec un léger inconfort, permet au cerveau de réévaluer la situation comme non menaçante.

Se rappeler que la nouveauté devient vite une habitude

Ce qui vous stressait hier, un nouveau poste, une nouvelle routine ou de nouvelles responsabilités devient souvent banal quelques semaines plus tard.

Le cerveau apprend vite… dès lors qu’on lui en laisse l’occasion.


En conclusion, nous ne pouvons échapper à la nouveauté, alors apprenons à la gérer

La nouveauté, avant d'être quelque chose de stressant, est une partie essentielle de notre évolution et de notre développement. Nous l'expérimentons dès notre naissance, et c'est elle qui nous permet de nous développer en tant que personne. Par conséquent, le stress fait partie intégrante de nos vies, et afin d'avancer avec plus de sérénité, il est essentiel d'apprendre à la gérer.


Pour aller plus loin.

  • Lupien, S. (2021). Par amour du stress. Éditions au Carré.
  • Lupien, S. J., McEwen, B. S., Gunnar, M. R., & Heim, C. (2009). Effects of stress throughout the lifespan on the brain, behaviour and cognition. Nature reviews. Neuroscience10(6), 434–445. https://doi.org/10.1038/nrn2639
  • Pruessner, J. C., et al. (1999). Self-esteem, locus of control, hippocampal volume, and cortisol regulation in young and old adults. Neuroimage.
  • Centre d’Études sur le Stress Humain (www.stresshumain.ca)
  • Sandi, C. (2013). Stress and cognition. Wiley Interdisciplinary Reviews: Cognitive Science.


L'Accompagnant, Missotten Grégory 4 janvier 2026
Partager cette publication
Archiver
Se connecter pour laisser un commentaire.
Quand l’imprévu nous submerge : pourquoi notre cerveau déteste les surprises